Spring my love de Leïla Guinnefollau

Bannière présentant l'exposition Spring my love à ILLUM
Art & spectacle / Exposition
Du 3 mars au 2 mai 2021
ILLUM, København K

Leïla Guinnefollau, une jeune artiste française basée à Copenhague

Leïla Guinnefollau s'installe à Copenhague en 2017, peu de temps après un séjour d’études à la Kunstakademiet (2015) et l’obtention de  son diplôme aux Beaux-Arts de Paris (2016). Son travail interroge depuis toujours la question de l’espace. Concentrant d’abord ses  recherches artistiques sur l’espace domestique, elle déploie désormais un vocabulaire plus ample, cherchant à  investir certains lieux et y créer un monde.  

Entre scène de théâtre et maison de poupée, son coeur balance et c’est comme à mi-chemin entre ces deux univers, dans les vitrines du grand magasin ILLUM, que Leïla Guinnefollau nous offre aujourd’hui un spectacle floral haut en couleurs.  

Printemps, mon amour 

L’exposition du travail de Leïla Guinnefollau en vitrines du grand magasin ILLUM s’articule autour du printemps, saison durant laquelle les pièces sont exposées. Dans un pays où l’hiver semble ne jamais finir, il est apparu évident à Leïla Guinnefollau de concevoir  l’ensemble de ses pièces en l’honneur du printemps si attendu.  

Ces sculptures suspendues appelées “mobiles” sont inspirées d’une sélection de “plantes à dormance”  comme la tulipe ou la jacinthe. Ces plantes aussi appelées “bulbeuses” sont connues pour leurs capacités  d’hibernation qui leur permettent de traverser l’hiver et d’être les premières fleurs à éclore à l’arrivée du  printemps.  

Leïla Guinnefollau a cherché à penser l’espace de la vitrine comme elle aurait pensé l’agencement d’un  jardin. A la manière d’un paysage impressioniste, l’univers floral est retranscrit par notes de couleurs, résultat  de sensations fugitives et mouvantes. Chacune des pièces, suspendue à un fil, tournoie et s’offre alors au  regard sous des angles différents. A la qualité hypnotique de cette rotation s’ajoute une profusion d’ombres  projetées, dès lors où la lumière vient éclairer les oeuvres.  

Le choix du verre, qui allie transparence et couleur, s’est imposé très vite pour la réalisation des pièces. Quant au laiton, un matériau brillant, plutôt doré, qui de par ses qualités esthétiques, rendait à la nature son  caractère précieux.  

Peu de temps après être arrivée au Danemark une de amies de Leïla lui a offert une traduction française de  “l’elfe de la rose”, oeuvre peu connue de Christian H C Andersen. L’enchantement qu’a provoqué ce conte  danois qui prend pour acteurs principaux “les fleurs de jardins” a conforté l’artiste dans l’élaboration de la  vitrine où elle y fait subtilement référence - peut-être que “l’elfe de la rose” connaitra alors la reconnaissance qu’il mérite.  

Leïla Guinnefollau a grandi à Paris et chaque année elle allait comme tant d’autres enfants découvrir les  vitrines de Noël des galeries Lafayette. A travers son projet d’expostion pour ILLUM, elle s’inscrit  aujourd’hui dans une longue tradition de scénographie de vitrines, troquant noël, l’hiver et la neige en coton  pour des fleurs de printemps… 

Oeuvres et portrait de Leïla Guinnefollau

 

L'histoire de la création des mobiles 

Il y a maintenant presque 3 ans lors de mon dernier séjour en Tunisie, j’ai acheté sur le marché une cage.  Une petite cage à oiseau pas plus haute qu’une main ouverte. Je lui ai tout trouvé de charmant : la simplicité  presque fainéante mais néanmoins réussie de sa confection, les pailles en plastique coloré vert et rose  utilisées pour enjoliver les 4 arêtes, le mangeoire plein d’échardes et puis évidemment toutes ces tiges en  métal plus ou moins parallèles les unes aux autres.  

Jamais aucun oiseau même le plus petit soit-il n’y aurait trouvé une place convenable et j’ai préféré penser à  tort ou a raison qu’elle avait été confectionnée dans un but purement décoratif. A postériori, je doute que qui  que ce soit d’autre que moi ait pu trouver cette cage « décorative ».  

Ma grand-mère qui fait toujours preuve d’un pragmatisme magnifique m’a regardée d’un air consterné en se  demandant bien ce que j’allais faire d’une cage sans oiseau.  

Cette cage est restée dans ma chambre depuis, sans que je sache tout à fait sa raison d’être là, mais ayant  l’intuition sincère qu’elle faisait partie de ces objets dont je m’encombre avec grand plaisir pour « m’aider à  penser ». Un peu comme ces milliers de pierres qui remplissent mes valises et alourdissent mes voyages.  

Mes recherches se sont toujours tournées vers l’espace et plus particulièrement l’espace de vie.  Il me parait évident que les choses qui nous entourent nous imprègnent et se transforment grâce à un  processus long et assez magique pour naitre, parfois, sous une autre forme.  

Je me souviens vaguement d’un épisode de “Twin Peaks” dans lequel les deux frères fous discutent des  objets d’une pièce et conviennent que s’ils trouvaient leur parfait emplacement, il se passerait alors quelque  chose de tout à fait extraordinaire.  

J’adore cette histoire, je crois aux objets. Leur mouvement interne m’apparait souvent d’autant plus visible  qu’ils sont physiquement immobiles. Cette cage est donc restée sur le rebord de ma fenêtre depuis 3 ans.  

Lorsque j’ai commencé à réaliser des mobiles cet hiver, j’ai cru choisir les matériaux de manière aléatoire.  J’ai pensé que des tiges en métal et des tubes de couleur s’associeraient bien et puis j’aimais bien la gamme  de tubes un peu rosé et vert qui m’étaient proposés en boutique.  

Ce n’est qu’une fois la première pièce terminée, suspendue au dessus de mon lit faisant face à la petite cage  de Tunisie que j’ai compris leur lien.  

La métaphore est facile et pourtant je ne peux m’empêcher de trouver superbe d’avoir, après un processus de  digestion lent et inconscient, plus qu’ouvert, explosé la cage pour lui redonner une forme libre et dansante.  Ca me rappelle un poème de Prévert dans lequel l’écolier rêveur et ennuyé d’être en classe redonne leur  forme première aux éléments qui l’entourent :  

Et les vitres redeviennent sable
L’encre redevient eau
Les pupitres redeviennent arbres
La craie redevient falaise
Le porte-plume redevient oiseau
Et la cage redevient mobile,
Aucune cage doit rester cage.